Rechercher une initiative
Rechercher dans un rayon 50 kilomètres

Manger le village !

(Merci à Récolte des générations pour la photo!)



Si je vous dis qu’il existe un endroit où l’espace public s’est transformé en un jardin potager géant et gratuit. Qu’une communauté de 14 000 habitants a atteint en 3 ans 83% d’autosuffisance alimentaire. Me croyez-vous ?!

Dans un monde où les extrêmes se chevauchent en termes de production alimentaire, les mangeurs qui se préoccupent de leur alimentation sont toujours plus nombreux. Et pour cause. C’est plutôt rare d’entendre que quelqu’un préfère les oranges fluo et les fraises bioniques du supermarché à des aliments locaux, frais, peu transformés et cultivés avec des pratiques qui respectent l’environnement.

Les incroyables comestibles



L’endroit dont je vous parle, c’est à Todmorden en Angleterre. C’est là qu’a été lancé le mouvement des Incroyables Comestibles en 2008 avec un projet simple, mais ambitieux : utiliser les espaces publics pour faire pousser des fruits et des légumes. Planter partout où c’est possible et partager la récolte avec les passants.

Avant les Incroyables Comestibles, au Québec, l’agriculture urbaine commençait tranquillement à s’implanter dans les mentalités et en pratique. On voyait apparaître ici et là des potagers domestiques, des jardins collectifs, communautaires et des exploitations commerciales, comme les Fermes Lufa par exemple. Généralement, on distingue l’agriculture urbaine de l’agriculture rurale, puisqu’on parle de cultures sur de petits espaces, pour produire un complément alimentaire, par des fermiers qui font de cette activité un passe-temps.

La gang de Todmorden a cependant fait exploser le concept. Bien documenté, médiatisé et propulsé dernièrement par le film Demain, l’idée se répand comme une traînée de poudre à travers le monde et le Québec n’est pas en reste. Des « Incroyables Comestibles » se sont formés à Montréal, Québec, Drummondville, Dalhousie, St-Élie-de-Caxton et à bien d’autres endroits.

c558_incredible_edible_todmorden_green_route_food_to_share_incroyables_comestibles_w1600

Pourquoi est-ce si populaire ?



Déjà, on parle de se réapproprier l’espace public. C’est sexy et attrayant ! L’occidental modèle est habitué à respecter les limites physiques que l’on s’impose. Les clôtures, les espaces privées. En s’autorisant à cueillant un fruit sur le bord d’un trottoir, on a l’impression de défier l’interdit (même si au fond, c’est permis !).

mu%cc%82res

Deuxièmement, ce genre d’initiative permet de créer un lien social avec sa communauté. On a tout à coup des points en commun, des choses à se dire, des tâches à partager et surtout, un objectif commun.

De plus, cultiver un peu partout recrée un contact avec la nature, mais surtout avec son alimentation. Avoir contribué à planter, arrosé, entretenir tout au long de la saison et enfin manger le fruit de son travail est gratifiant. Ça redonne de la fierté à une communauté.

Et finalement, ça permet de lutter solidairement contre un système alimentaire mondialisé qui ne fait pas notre affaire.

Des villages nourriciers au Québec



Chez nous, un peu partout et à petite échelle, des initiatives similaires sont développées dans les villages du Québec. Elles ne s’identifient pas d’emblée au mouvement des Incroyables Comestibles, mais en portent les valeurs et l’idée générale du partage et de la production alimentaire en plein cœur du village. Qui plus est, elles sont toutes déployées par une large mobilisation citoyenne.

Chose intéressante, les initiatives proviennent de trois sources différentes. Elles sont parfois mises de l’avant par un OBNL, par une municipalité ou encore par un comité citoyen informel.

Verger communautaire de Ste-Ursule



À Ste-Ursule, c’est Marc-Olivier Harvey, un citoyen du village qui a décidé de faire un cadeau à sa communauté. Un de ses terrains, situé entre l’école primaire et la garderie du village a été converti en un verger d’arbres à fruits et à noix. Aménagé selon les principes de la permaculture, on y retrouve pommiers, poiriers, pruniers, mais aussi des vignes, des plants de bleuets et des noisetiers. Le verger est accessible à la population qui peut venir y faire une cueillette ou simplement s’y détendre.

La pommetterie de St-Gabriel



Ça aussi c’est une belle histoire. C'est l'arrivée d'une nouvelle résidente à Saint-Gabriel-Lalemand qui a donné à cette communauté "dévitalisée" un projet mobilisateur. Pour faire une histoire courte, des centaines de pommetiers ont été plantés sur les terrains des résidents. En plus d'être beau, ils en sont fiers et ils en mangent! La Pommetterie est maintenant un OBNL qui exploite 9 vergers chez des particuliers. Les récoltes sont mises en commun et les fruits sont transformés en produits finis.

Eurêko !



Cet OBNL du Saguenay a développé des projets d’aménagements comestibles dans trois municipalités : Saint-François-de-Sales, Sainte-Monique de Honfleur et Larouche. Ils misent sur la force citoyenne locale, ils engagent les élus dans une réflexion sur l’autonomie et la résilience alimentaire.

Parc Croc-Nature



Cette initiative se revendique du mouvement des Incroyables Comestibles. En plein cœur de ce village qui longe la 132, des sentiers de végétaux comestibles et de nombreuses plates-bandes ont été aménagées. Le projet fonctionne sous un principe de parrainage. Chaque membre de la communauté peut parrainer un arbre, un bac à fleur, etc.

Les pouces d'Octave



La municipalité de St-Octave-de-Mitis a mis l’alimentation et l’agriculture locale au premier plan de ses priorités. Elle a aménagé une salle horticole, une serre et un potager, en plein cœur du village. Ces installations sont à la disposition de la communauté et des élèves de l’école primaire.

Alliance alimentaire Papineau



Le projet « Villages nourriciers » vise l’autonomie alimentaire de sa communauté, par le biais de l’éducation, de la participation citoyenne et de l’autoproduction alimentaire. L’ONBL a piloté la plantation de 180 arbres à fruits et à noix, parrainés par les citoyens, dans 5 villages de la MRC. Des ateliers de formation variés sont offerts à la population pour consolider un savoir-faire collectif en lien avec la production et l’alimentation.

Des municipalités proactives



Dans tous ces exemples, même si le point de départ est un citoyen ou un OBNL, la concrétisation du projet dépend largement de l’implication de la municipalité. Donner un accès à de l’eau, des infrastructures, du financement, des ressources humaines sont autant de façon qu’elle peuvent encourager l'émergence et la pérennité de ce genre d'initiative.

Dans un prochain article, nous verrons concrètement comment les municipalités rurales peuvent jouer un rôle prépondérant dans le développement de l’agriculture de proximité, en inscrivant celle-ci dans leurs priorités.

Autres initiatives en lien avec le sujet



Si le sujet vous intéresse, je vous invite à poursuivre votre découverte d’initiatives similaires à celles qui viennent d’être présentées :



Pour aller plus loin



Visages régionaux peut vous aider à pousser plus loin votre réflexion et vos connaissances sur le sujet et vous accompagner dans la concrétisation d'un projet.

Conférence: 45 minutes à 1 heure de contenu et période de question

Atelier participatif: 45 minutes à 1 heure de contenu 2 heures d’atelier pratique

Accompagnement: Banque d’heures pour le développement ou le perfectionnement d’un projet

info@visagesregionaux.org // (581) 337-3727

1Commentaire
  • René Gibeault
    Publié à 18:15h, 12 octobre Répondre

    Effectivement, le dynamisme, l’imagination, l’ouverture du conseil municipal sont des éléments essentiels du succès de ces expériences. Faudrait peut-être intervenir auprès des conseils municipaux… Peut-être via la Fédération québécoise des municipalités ?
    Mais, hélas, avec un gouvernement centralisateur et contrôlé par Montréal et Québec, les Régions et les villages ont peu d’espoir.
    Faudrait peut-être travailler pour faire renaître la Politique nationale de la ruralité et les Pactes ruraux… et Solidarité rural….

Publier un commentaire